Prolongement d'un cours, ce
blog de théologie fondamentale est ouvert
à tous les chercheurs de vérité, autour de questions telles que :
Comment envisager raisonnablement une possible relation entre Dieu et l'homme?
Quel crédit et quelle autorité accorder à la Parole de Dieu contenue dans la Bible?
Qu'est ce que cela implique de la recevoir comme Parole de Dieu,
pour soi et pour le rapport aux autres - particulièrement les autres religions?


"Envoie ta lumière et ta vérité,
Qu'elles guident mes pas, Seigneur"

mardi 20 novembre 2007

La Bible raconte-t-elle des histoires??? (II)

C’est la question qui se posait en écoutant les récits bibliques évoqués dans l’article précédent, où Dieu et l’homme apparaissent dans une proximité étonnante : dialogue, reproches, négociations… tout cela semble faire partie du plus naturel des quotidiens ! Le fossé qui sépare ces récits de notre expérience (la mienne du moins…) apparaît tel qu’il pourrait suffire à les renvoyer au rang du mythe, ou de la belle histoire qu’on raconte aux enfants le soir avant de dormir !

Il faut bien le reconnaître, la Bible raconte des histoires. Mais… ne passons nous pas notre temps à en faire autant ? Je ne veux pas dire à « pipeauter », bien sûr. Mais à raconter : c’est tout de même une des façons les plus courantes de communiquer, de parler de soi, ou d’autres ! Observez les réponses à la question « Qui est tu ? » : bien souvent, elles prendront la forme d’un récit (je suis né le…, j’ai fait telles et telles études, tel métier…) ; et probablement il n’y aura pas de meilleur moyen de connaître cette personne.

Tout l’enjeu est de mettre des mots sur ce que je vis, sur ce qui se vit : l’expérience. Or celle-ci a pour particularité d’être absolument personnelle et, de ce fait, intransmissible : personne ne peut ressentir ce qu je ressens, je ne peux jamais savoir ce que l’autre éprouve – sinon par le biais de ce qu’il en dit, de ce qu’il raconte. Il est des expériences plus ou moins faciles à exprimer, mais si on se borne à utiliser des notions générales, on risque fort de rester très superficiel. Dire simplement « je suis contrarié » ou « je suis heureux », c’est finalement dire peu de choses : pour exprimer ces expériences, il faut bien raconter d’où vient cette contrariété, ce bonheur… pour les autres aussi bien que pour soi ! En effet, pouvoir raconter est aussi le moyen de se connaître soi même, de se comprendre… Filon d’ailleurs largement utilisé par toutes les relations d’aide, psychothérapies et groupes de parole en tout genre ! Impossible donc de partager une expérience vivante sans passer par le récit.

Il faut alors souligner deux aspects :


  • Le récit est toujours subjectif. Il exprime un point de vue, à partir duquel les faits sont triés, organisés, mis en valeur ou escamotés selon une logique qui n’appartient pas aux faits eux-mêmes. Bien sûr, il peut tendre à l’objectivité : on aboutit à la dépêche AFP, et cela n’a plus rien de très vivant ! Ce qui donne vie au récit, c’est l’engagement de son auteur. Une même personne racontera le même évènement de manière différente à plusieurs années d’intervalles. Il y a donc un écart légitime entre les faits et l’histoire. D’autre part, le récit fait intervenir des faits proprement subjectifs, non vérifiables : tout ce qui est de l’ordre des sentiments, des émotions, des désirs… Pour rendre compte de ces expériences souvent fortes, le récit s’enrichit alors de la métaphore, chère aux poètes : l’image permet alors d’évoquer « quelque chose » de ce qui a été vécu dans l’intime et qui reste inaccessible.

  • Le récit a pour but de créer une relation par le partage d’une expérience. Quand on retrouve de vieux amis, c’est toujours un plaisir que d’évoquer des souvenirs communs : cela permet de revivre une histoire commune afin de pouvoir la continuer aujourd’hui… De même, raconter ses joies et ses peines noue et renforce la relation car il lui fait partager l’expérience que je vis : le récit, en effet, en faisant entrer l’autre dans mon histoire, éveille et sollicite chez lui une expérience analogue, qui lui permet de communier à la mienne.
C’est bien ainsi que la Bible raconte des histoires…
A un détail près : s’il est déjà difficile de raconter ce qui appartient à notre expérience humaine, combien plus lorsqu’il s’agit de la rencontre de Dieu ! La difficulté d’en parler est à la mesure de la profondeur humaine où elle se joue : elle est simplement indicible. Et la Bible qui, tout en étant inspirée par Dieu, n’en est pas moins écrite par des hommes, va exprimer cela en mettant en scène visiblement cette rencontre entre Dieu et l’homme qui se joue au plus profond des coeurs : c’est ainsi qu’elle représente Dieu parlant à l’homme dans de nombreux récits.

On pourrait taxer cette approche de Dieu d’anthropomorphisme ; ce serait pourtant méconnaître l’intention de l’auteur biblique, qui sait fort bien que Dieu est le Tout-Autre, qui est invisible, dont on ne peut pas prononcer le nom – la tradition juive est très claire sur ce respect de la transcendance absolue de Dieu. Non, l’intention n’est pas de décrire Dieu ni sa rencontre avec l’homme, c’est d’évoquer à partir de ce qu’il connaît, une expérience qui le dépasse et le rejoint infiniment en même temps.

Le récit a un autre avantage : il permet de faire comprendre que cette expérience de Dieu se joue dans l’histoire de chacun. Ainsi, Moïse est appelé en gardant son troupeau, Elisée en train de labourer son champ, Amos est pris derrière ses bœufs, Isaïe le prêtre lors de son service au temple … je vous laisse le soin de compléter la liste ! Dieu rejoint l’homme dans son quotidien ; et cela se réalise pleinement avec la venue de Jésus : en lui, Dieu se révèle totalement dans l’histoire d’un homme, en lui Dieu rejoint concrètement l’homme dans son histoire. Ainsi, cette expérience de Dieu prend naturellement forme dans un récit, qui la situe dans une histoire propre : elle n’est pas un de l’ordre de l’intemporel, comme au delà de la condition humaine.

Il y a donc clairement une dimension métaphorique dans ces récits bibliques où se joue cette rencontre ; mais comment alors comprendre ce qu’ils veulent vraiment dire ? Je crois que cette compréhension est liée à la fragilité de la métaphore, dont la signification est toujours ouverte : à travers elle, le récit fait appel à ce que vit le lecteur. Peut alors s’éveiller lui une expérience analogue à celle de l’auteur, une expérience de la rencontre de Dieu qui sera la sienne propre et qui le mettra en même temps en relation avec tous ceux qui ont fait cette expérience.
C’est ainsi que le récit biblique développe sa dimension symbolique. Le symbole, dans l’antiquité, était une pièce de poterie cassée en deux lors de la conclusion d’un contrat : chaque partenaire possédait une des deux parties parfaitement complémentaires qui lui permettait d’être reconnu de l’autre et d’accéder au contenu du contrat. De la même façon, le texte biblique fournit à tout homme cette partie manquante pour reconnaître Dieu, il lui donne cette clef pour entrer dans les profondeurs de son propre cœur où Dieu l’attend.

5 commentaires:

Seb a dit…

Ma foi! c'est pas mal pensé tout ça! ... mais ma foi (encore elle!) est justement un peu maigre pour pouvoir m'y retrouver!
Chagall (le rugbyman cheveulu??) est bien sympa de bosser avec toi

Samuel B. a dit…

On s'y retrouve surement mieux, en effet, en ayant une certaine expérience de la Parole de Dieu...

En même temps, il s'agit d'abord d'une réflexion (là tu dois pouvoir t'y retrouver!); la foi ne va pas contre la raison mais doit au contraire trouver en elle des appuis solides...

Reflexion, donc, qui dit grosso modo :

- le fait que les récits bibliques ne soient pas des descriptions exactes d'un évènement ne décribilise pas nécessairement ces récits

- au contraire, les récits, avec leur univers imagé, leurs exagérations, leurs projections etc... sont peut être les plus à même de nous faire partager ce qui fait leur vérité : l'expérience de la rencontre de Dieu!

Penses tu qu'il soit légitime de lire ainsi ces récits bibliques?

Seb a dit…

Je voulais dire que je ne m'y retrouve pas personnellement au Sens de pouvoir me l'approprier en quelque sorte...
C'est dur effectivement de Dialoguer sans la flamme qui motive et anime ce sujet particulier.
Et de mon point de vu "Apassionel", réfléchir sur le récit biblique me mène à une sorte d’impasse…

Ceci dit, il me semble possible de partager une expérience vivante sans passer par le récit. Quid des émotions transmises par la danse ou d’autres formes d’art ? Peut être ai-je mal compris ce que tu entends par expérience vivante ou partage. Mais finalement, c’est peut être Là aussi une question de foi…

Samuel B. a dit…

Que veux tu dire par "c'est une question de foi"? Concernant le partage d'une expérience...

En tout cas, c'est vrai, le récit n'est pas la seule manière de partager une expérience! Le rôle du récit est développé ici car on le trouve beaucoup dans la Bible... Mais d'autres formes d'art (par exemple la peinture de mon pote rugbyman, qui est très symbolique...) peuvent aussi jouer ce rôle (dans une certaine mesure).

Dans le cas de la danse, du théatre, ce partage est peut être encore plus fort car il s'agit d'un spectacle vivant, il n'y a pas de médiation matérielle "inerte", non?

L'art a quelque chose d'une fenêtre ouverte sur un autre monde, une breche dans la matérialité qui donne accès à toute la richesse d'une monde intérieur.

J'ai pourtant l'impression que le récit a l'avantage (?) d'avoir en même temps une signification objective plus accessible. On ne peut faire une expérience similaire que sur la base d'une signification qui peut etre comprise par chacun. Or je trouve qu'il faut être sérieusement initié pour saisir la signification "objective" d'une danse, d'une musique... si même elle existe!? Chacun peut un peu comprendre ce qui veut, alors que le lecteur est tenu par le récit : il lui faut entrer dans ce qu'il signifie pour partager cette expérience.

Anonyme a dit…

Nous vous remercions de intiresnuyu iformatsiyu