rejeté, est devenu la pierre d’angle. En dehors de lui, il n’y a pas de salut ; et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » (4, 12). Si l’Eglise est bien le groupe de ceux qui adhèrent au Christ, le pas est vite franchi : l’Eglise rassemble, telle l’arche de Noé, les sauvés ; tous ceux qui sont en dehors sont perdus...Cependant, que penser de tous les hommes qui n’ont pas eu la possibilité de reconnaître le Christ, ni d’adhérer à l’Eglise, sans refus de leur part, simplement parce qu’ils ont vécu avant sa naissance, ou par ignorance… ? Fidèle au dessein de Dieu qui veut sauver tous les hommes, l’Eglise reconnaît pour tout homme la possibilité « d’être associé, d’une manière que Dieu connaît, au mystère pascal du Christ » (concile Vatican II). Le Christ reste le seul chemin vers le salut, mais ce chemin ne passe pas nécessairement dans les limites visibles de l’Eglise. Bien : voilà déjà un point !
Mais…cela implique-t-il alors une Eglise « invisible » qui engloberait tous ceux qui suivent le Christ, sans le connaître explicitement, mais en répondant fidèlement à l’appel inscrit dans chaque cœur humain sous la forme de sa conscience ? On pourrait se demander s’il n’y a pas une certaine « récupération » à incorporer ainsi à l’Eglise, sans leur demander leur avis, les croyants d’autres religions…La question est, au fond, de savoir si les autres religions sont des voies qui peuvent conduire au salut, c’est à dire au Christ, ou si les croyants d’autres religions ne sont sauvés qu’en étant associés, à titre personnel et même inconsciemment, à cette large Eglise des « hommes de bonne volonté » ? Les autres religions sont elles des réponses « faute de mieux » à la quête des hommes, qui de manière cachée peut cependant rejoindre le Christ, ou bien ont-elle une vraie valeur pour conduire l’homme vers son accomplissement ?Cela pose bien des questions concernant le lien entre le Christ et l’Eglise : même si ce sont deux réalités indissociables, il faut réaffirmer que le salut est donné uniquement par le Christ, en tant que source ; il est donné par l’Eglise en tant que moyen, car elle rend en quelque sorte présent le Christ dans le monde.
Cela nous renvoie aussi à ce qu’on entend par « salut » : il y a en effet dans ce terme le double aspect « d’union à Dieu » et « d’unité de tout le genre humain ». Le salut consiste ainsi dans une communion avec d’autres ; dès lors, on comprend bien qu’au terme (c’est à dire pas dans ce monde ci…), tous les hommes seront rassemblés par leur union au Christ dans un seul corps… et peut être que cela n’aura plus beaucoup d’importance qu’on appelle ce corps « Eglise » ou non ?!


